L'histoire de l'imprimerie à Château-Gontier ne remonte
pas au XVe siècle, époque où fut inventé
l'art typographique.
S'il y eut des imprimeries à Rennes en 1484,
à Angers en 1477, nous ne voyons apparaître un imprimeur
à Château-Gontier que dans les premières années
du XVIIIe siècle, en 1713 exactement. Il nous a paru intéressant
de rechercher avec Monsieur René Gadbin, comme guide, les circonstances
qui amenèrent à Château-Gontier, le Sieur Joseph
Gentil, imprimeur à Nantes... En 1708, le Collège de Château-Gontier
fondé par les anciens Seigneurs dut quitter les dépendances
de la Collégiale de St Just où il était installé
depuis deux siècles, pour émigrer de l'autre côté
de la Mayenne, dans le faubourg d'Azé, au Prieuré de Notre
Dame du Genêteil. Ce collège y est toujours, c'est notre
lycée actuel.
Pendant tout le cours du XVIIIe siècle, cette installation du
collège au Genêteil donna lieu à de nombreuses contestations
avec le clergé local mais ceci est une autre histoire...
C'est Monsieur Gilles Marais, Principal du collège (1710-1733)
qui eut l'idée de faire venir à Château-Gontier,
un jeune ouvrier imprimeur qui serait susceptible d'assurer la fourniture
des ouvrages scolaires. Ce serait à la fois une affaire profitable
et une bonne oeuvre. Au début de 1713, Monsieur Marais se mit
en route et découvrit à Nantes, un jeune homme, Joseph
Gentil, sur la moralité et les capacités duquel il recueillit
les meilleurs renseignements.
De retour à Château-Gontier, il se rendit auprès
de Monsieur Gouesse du Bignon, Lieutenant Général, afin
d'avoir l'approbation des Pouvoirs Publics. Il l'obtint sans difficultés
et fin mars 1713, le Sieur Gentil adressait à la municipalité
une requête afin d'être autorisé à établir
une imprimerie dans notre cité.
Voici la fin de la délibération de nos édiles
:
Sur laquelle proposition, nous Maire, échevin, ou autres
Officier de l'Hostel de Ville, estat assemblez, avons arresté
que sit ledit Sieur Joseph Gentil s'establit en cette ville et qu'il
y exerce sa profession d'imprimeur et fasse le commerce des livres,
nécessaires tant au publicq qu'aux escolliers dudit collège,
il ne sera taxé chascun an qu'à cinq sols de taille
et d'un quart de sel, et exempt du logement des gens de guerre. Et
ce arresté en l'Hostel de Ville de Chasteau-Gontier, les dits
jours et an que dessus.
Les archives de l'hôpital
St-Jean, nous donnent une indication
intéressante concernant l'habitation de notre imprimeur. Dans
un dénombrement censif des domaines de l'hôpital, il est
porté qu'à la Noël 1713, le Sieur Joseph Gentil,
imprimeur
à Château-Gontier, demeurait alors dans la maison
de la Dame Brossellerie, dépendante de l'hôpital St Julien
au faubourg d'Azé. Son loyer était alors de quatre livres
deux sols ! c'est dire qu'il débutait modestement. D'ailleurs
n'imprimant que de bons livres, Joseph Gentil ne fit jamais fortune
et ne fut jamais porté au rang des notables de la cité.
Son premier livre fut un ouvrage médical dû à la
plume d'un Docteur angevin, précurseur de Pasteur, puisqu'il
est intitulé
« Entretiens sur la rage et ses remèdes
» par Hunault, Docteur Régent de la Faculté de Médecine
d'Angers - 1714. Joseph Gentil, imprimeur de la Ville et du Collège.
Notre imprimeur devait par la suite connaître de graves soucis.
En 1739, il devait subir les conséquences de l'Ordonnance Royale
qui réduisait le nombre des imprimeries du Royaume. Ce fut une
hécatombe. Laval perdait une sur deux de ses imprimeries, celle
de Château-Gontier était supprimée ! Gentil restait
heureusement libraire. Les commandes scolaires
et administratives furent
dès lors adressées à Angers... petite preuve supplémentaire
de notre appartenance à l'Anjou.
Pendant près d'un siècle 1739-1832, il n'y eut plus d'imprimerie
à Château-Gontier, mais en 1832 un modeste ouvrier inconnu,
Louis Sixte Delaplace, créait une nouvelle imprimerie et le dimanche
23 Juin 1833, on distribuait en ville le premier numéro d'un
journal hebdomadaire. C'était le journal de Château-Gontier.
Ce fut au début un journal littéraire, mais il prit dans
le dernier quart du siècle une nuance républicaine qui
devait aller en s'accentuant.
Cette imprimerie Delaplace était située à ses
débuts rue de la Harelle, puis elle fut transférée
rue Dorée, puis rue Jean Bourré. En février 1878,
une seconde imprimerie se fondait à Château-Gontier, sous
la direction de Monsieur Henri Leclerc, qui créait un journal
conservateur : La Gazette de Château-Gontier. On sait quel fut
l'essor de cet hebdomadaire qui devint le journal le plus répandu
dans tout l'Ouest. De la rue Ste Anne, l'imprimerie Leclerc s'installa
rue des Juifs, de nos jours, rue Chevreul.
G. Wash de SERRANT. Conservateur du Musée.
Extrait du Bulletin Municipal, 4ème trimestre 1969.
Avec l'aimable concours de Maurice Sautier, historien et adjoint au
Maire de Château-Gontier |